Lettres pastorales

 

Lettre pastorale #8 – par François Lapierre, p.m.é., évêque

Tenir ferme dans l’espérance

« Or, comment l’invoqueraient-ils, sans avoir cru en lui?
Et comment croiraient-ils en lui, sans l’avoir entendu?
Et comment l’entendraient-ils, si personne ne le proclame?
Et comment le proclamer, sans être envoyé?»
Romains 10,14-15
Chères collaboratrices,
Chers collaborateurs
Depuis la publication de nos orientations pastorales1en regard du tournant catéchétique, de nombreux et louables efforts ont été faits pour répondre à la formation à la vie chrétienne des différentes générations de notre Église.
C’est ainsi que nous avons vu se développer de nouveaux parcours catéchétiques dans lesquels la Parole de Dieu occupe une très grande place. Dans un grand nombre de milieux, des efforts ont également été déployés afin d’intégrer activement les parents et des membres de la communauté chrétienne paroissiale dans les parcours catéchétiques proposés.
Au début de cette lettre pastorale, je veux rendre grâce au Seigneur pour tous ces efforts et je tiens à vous remercier, chacun et chacune, pour le travail et la très grande disponibilité dont vous faites preuve afin que la mission catéchétique de notre Église soit de plus en plus réalisée. Malgré les nombreux enjeux et défis que représente une telle mission, je veux vous aider à TENIR FERME DANS L’ESPÉRANCE.
Dans les pages suivantes, après quelques années de la mise en place de notre mission catéchétique, je voudrais partager avec vous certaines préoccupations en relation avec les principales tâches de la catéchèse, la communauté chrétienne et sa responsabilité catéché-tique, l’importance à accorder à l’éducation de la foi des jeunes et des adultes et finalement, la formation des personnes catéchètes.

Les principales tâches de la catéchèse

Dans leur document Jésus Christ, chemin d’humanisation, les Évêques du Québec ont rappelé les principales tâches de la catéchèse aujourd’hui. C’est en me référant à ce document que je vous partage ces préoccupations.

a) La connaissance de la Parole de Dieu

L’importance de la Parole de Dieu dans la formation à la vie chrétienne tient au fait qu’elle nous propose « un chemin de vie en communion avec les autres comme fils et filles du Père, en Jésus, par l’Esprit. » 3
C’est à travers la connaissance de l’histoire d’Israël, la vie des principaux personnages bibliques tels qu’Abraham, Moïse, David, les Prophètes et Marie de Nazareth qu’il est possible de découvrir ce chemin d’humanisation éclairé par la Parole de Dieu exprimée en Jésus, qui résonne au cœur de la vie et  » permet à la connaissance de la foi d’éclairer la question du devenir humain comme vie nouvelle dans le Christ.  » D’où l’importance à accorder à la Parole de Dieu dans la formation à la vie chrétienne.

b) L’apprentissage de la vie liturgique

Il suffit de lire le livre des Actes des Apôtres pour découvrir que, dès les premiers temps de la vie de l’Église, la catéchèse et la liturgie sont deux réalités étroitement associées :  » Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.  » 5
Si la catéchèse permet de comprendre et d’expérimenter les éléments principaux de la vie chrétienne, la liturgie permet également, à travers les rites et les symboles qu’elle utilise, de s’approprier ces mêmes vérités de la foi d’une façon affective et communautaire.
En effet, l’apprentissage de la prière en commun permet aux personnes catéchisées de partager leur recherche de sens avec d’autres, mais également de recevoir ce sens par le contact et l’échange avec les autres. Cela est d’autant plus important lorsqu’il s’agit des jeunes générations qui découvriront ce sens par le contact avec des adultes qui s’assemblent pour célébrer leur vie à la lumière de la foi chrétienne dans l’Eucharistie dominicale et les Sacrements.

c) La formation morale

Nous ne pouvons parler de formation à la vie chrétienne sans parler de formation éthique et morale.
Puisque la catéchèse a pour objectif de mettre la personne catéchisée « non seulement en contact, mais en communion, en intimité avec Jésus Christ »6 pour en faire un disciple, elle se doit d’ouvrir à des comportements éthiques ou moraux favorisant la qualité des relations humaines et l’intimité avec le Seigneur.
Ainsi, comme le souligne le Directoire général pour la catéchèse : « se convertir à Jésus Christ implique de marcher à sa suite. Aussi la catéchèse doit-elle transmettre aux disciples les attitudes mêmes du Maître. Ils suivront ainsi un itinéraire de transformation intérieure, au long duquel, par leur participation au mystère pascal du Seigneur, ils passent du vieil homme à l’homme nouveau dans le Christ » 7 afin de vivre selon l’esprit des Béatitudes.

d) L’initiation à la vie communautaire

Les Actes des Apôtres nous révèlent que les premiers chrétiens étaient fidèles à la communion fraternelle, c’est-à-dire à vivre ensemble dans un même esprit de communion : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens. »8
Toutefois, comme le spécifie le Directoire général pour la catéchèse : « la vie chrétienne en communauté ne s’improvise pas; il y faut éduquer avec soin. »9
Pour y parvenir, le Directoire souligne l’importance de rappeler certaines attitudes auxquelles la catéchèse doit initier : « l’esprit de simplicité et d’humilité »,10 « le souci des plus petits »,11« l’attention particulière pour ceux qui se sont éloignés », 12 « la correction fraternelle »,13 « la prière en commun »,14 « le pardon réciproque ».15 Il est à remarquer que toutes ces données bibliques sont extraites du chapitre 18 de l’évangile selon saint Matthieu dans lequel Jésus parle des rapports entre les membres de la communauté chrétienne. Pour sa part, l’évangéliste saint Jean a trouvé une formule qui résume facilement tous ces conseils évangéliques : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » 16

e) L’initiation à la mission

Comme l’ont rappelé les Évêques du Québec, « la catéchèse conduit à la mission dans la mesure où tous les baptisés sont appelés à être présents, en chrétiens, dans la société, dans la vie professionnelle, culturelle et sociale, aussi bien qu’à apporter leur collaboration dans les divers services d’Église, selon la vocation de chacun. »17
Cette vocation ou cet appel, prend naissance au jour du baptême, alors que tout baptisé est marqué de l’huile sainte afin que, « faisant désormais partie du Peuple de Dieu, il demeure éternellement membre du Corps du Christ, prêtre, prophète et roi. »18
C’est dire en quelque sorte qu’au moment du baptême, chaque baptisé se voit invité personnellement à prendre part à la mission que le Christ a confiée à son Église. Il est désormais invité à participer à la mission sacerdotale, c’est-à-dire d’offrir sa propre vie pour le service et le bonheur de ses frères et de ses sœurs en devenant prophète, disant la Parole de Dieu, non seulement en paroles mais aussi en actes, dans un souci royal, c’est-à-dire un souci de charité à l’égard des plus petits et des plus pauvres.
Il est important que les responsables de la formation à la vie chrétienne portent cette préoccupation d’éveiller chacun à sa vocation, c’est-à-dire à sa façon personnelle de prendre une part active à la mission de l’Église. La catéchèse se veut être un lieu d’évangélisation qui ouvre à l’engagement.

Trois préoccupations supplémentaires

J’aimerais maintenant vous partager quelques préoccupations supplémentaires en rapport avec la mission catéchétique de notre Église. La première concerne la formation des personnes catéchètes. La seconde se rapporte à la formation à la vie chrétienne des adultes. Mais tout d’abord, je dirai quelques mots sur la communauté chrétienne et sa responsabilité catéchétique.

a) La communauté chrétienne et sa responsabilité catéchétique

Il me semble important de rappeler ici le rôle et la responsabilité de toute la communauté paroissiale dans la formation à la vie chrétienne de ses membres, principalement des jeunes.
Que de fois avons-nous vu des personnes déserter la communauté célébrante à l’occasion de la célébration d’un sacrement pour les jeunes de la communauté sous prétexte que ce sera trop long. Devant un tel état de fait, il y a pour les responsables pastoraux un appel à éduquer tous les membres de la communauté au sens communautaire et au sens des responsabilités que cela implique.
Sur ce point, le Directoire général affirme « la catéchèse est une responsabilité qui relève de toute la communauté chrétienne. L’initiation chrétienne en effet doit être l’œuvre non pas des seuls catéchistes ou des seuls prêtres mais celle de toute la communauté des fidèles. De même, l’éducation permanente de la foi relève de toute la communauté. Par conséquent, la catéchèse est une activité éducative que chaque membre de la communauté exerce au titre de sa responsabilité particulière dans un contexte ou milieu communautaire riche de relations qui aideront les catéchumènes et les catéchisés à s’insérer dans la communauté et à participer activement à sa vie.
Si la communauté chrétienne apporte beaucoup au groupe des catéchisés, elle reçoit également beaucoup en retour. Les nouveaux convertis, surtout les jeunes et les adultes, par leur adhésion à Jésus Christ, apportent à la communauté qui les accueille une nouvelle richesse humaine et religieuse. Ainsi la communauté grandit et se développe, car la catéchèse conduit non seulement à la maturité de la foi des catéchisés, mais à celle de la communauté en tant que telle. » 19

b) La formation à la vie chrétienne des adultes

Un bref regard sur la façon d’exercer, dans notre Église, la mission de la formation à la vie chrétienne, permet de constater que beaucoup d’efforts sont consacrés aux enfants comparativement aux jeunes et aux adultes. Cela s’explique du fait que bon nombre de catéchètes se sentent plus à l’aise pour intervenir auprès des enfants.
Pourtant, il y a là tout un défi pastoral pour notre Église, car si nous voulons que la catéchèse trouve un soutien et un appui dans les familles, il faut nous préoccuper davantage d’une catéchèse pour les adultes. Cela suppose la formation de catéchètes spécialisés qui rempliront ce ministère dans notre Église.
En fait, comme cela est signalé dans notre document Balises et Critères, il s’agit de former des intervenants capables « d’offrir une démarche ajustée au cheminement des personnes et ayant un vocabulaire chrétien adapté… De plus, comme c’est une catéchèse d’accompagnement et de proposition, la démarche choisie aura tout avantage, dans son mode de communication, à écouter et à tenir compte des résistances des participants face à certaines composantes de l’expérience chrétienne, à chercher à entrer en dialogue avec eux, à apporter un éclairage plutôt qu’à chercher à les convaincre au plan de la foi. »20
Il y a là un grand défi pour notre Église, tant au niveau du recrutement des catéchètes qu’au niveau de leur formation pour développer une catéchèse adaptée pour les jeunes et les adultes.

c) La formation des catéchètes

Le Directoire général pour la catéchèse consacre un long chapitre à cette question importante de la formation pour le service de la catéchèse. Il rappelle « que toute activité pastorale qui ne bénéficie pas du concours de personnes vraiment formées et préparées, compromet sa qualité… C’est pourquoi, la formation appropriée des catéchistes ne saurait être négligée au profit du renouvellement des textes ou d’une meilleure organisation de la catéchèse. » 21
Lorsque nous parlons de la formation des catéchètes, nous nous référons habituellement à cinq types d’apprentissage qui semblent essentiels et qu’il est bon de nous rappeler, à savoir :22

    1. La compétence théologique et biblique Cette première compétence est fondamentale. Elle consiste à pouvoir présenter la foi chrétienne d’une manière qui la rende compréhensible et désirable. Elle réside dans l’aptitude à parler de la foi de façon juste et cohérente, de manière dynamique et significative, avec clarté et simplicité, sans jamais tomber cependant dans le simplisme. La foi aujourd’hui doit pouvoir rendre compte d’elle-même au regard de la raison et dans le dialogue avec autrui.
    1. La compétence culturelle Il importe que la compétence théologique et biblique soit couplée avec une connaissance des personnes et du milieu socioculturel pour qui et où elle se déroule. Le catéchète doit connaître ceux et celles à qui il s’adresse en tenant compte de leur milieu de vie, de leur histoire, de leurs questions, de leurs références, de leurs goûts et de leurs aspirations. À la manière de Jésus, il doit s’intéresser à tout ce qui touche leur vie : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » dit-il aux deux disciples d’Emmaüs. 23
    1. La compétence pédagogique Si elle veut réussir sa catéchèse, en plus des compétences théologique, biblique et culturelle, il faut aussi que la personne catéchète possède des qualités pédagogiques et anthropologiques. Tout son art, en effet, consiste à faire valoir la foi chrétienne d’une manière vivante, active, organisée et diversifiée qui en facilite l’apprentissage et la rend désirable. Selon les circonstances et les objectifs visés, le catéchète aura à prendre diverses postures de communication pédagogique : il sera tour à tour animateur, enseignant, facilitateur d’apprentissage et pédagogue d’initiation.
    1. La compétence organisationnelle L’action catéchétique, faut-il le rappeler, est une œuvre d’Église, qui s’inscrit dans le milieu ecclésial qui a ses lieux, ses temps, ses rassemblements et son fonctionnement. L’action catéchétique n’est pas isolée de tout cela. Elle n’est pas non plus l’œuvre d’une seule personne ou d’un seul groupe. Elle relève de la responsabilité de l’ensemble de la communauté et s’adresse à des personnes ou des groupes divers. De ce point de vue, l’action catéchétique doit être apte à s’inscrire dans une pastorale d’ensemble, c’est-à-dire dans le projet global que se donne une Église – une paroisse – pour assurer, de manière diverses, le service de la foi depuis son éveil jusqu’à sa maturation, et cela pour les personnes, les groupes et la communauté toute entière.
    1. La compétence spirituelle Cette cinquième compétence conditionne l’exercice des quatre premières. Elle désigne l’aptitude à mener l’activité catéchétique dans un esprit évangélique. Que serait l’action catéchétique si elle n’était pas elle-même vécue dans cet esprit ? Il est essentiel, à cet égard, que les catéchètes soient habités par le souffle de l’Évangile. Pas d’action catéchétique en ce sens, sans charité, sans respect d’autrui, sans attitude d’accueil. La foi et la transmission de la foi sont, de ce point de vue, inséparables de l’exercice des valeurs évangéliques. Cela suppose que les catéchètes vivent non seulement de la spiritualité commune des chrétiens (la foi, l’espérance et la charité) mais qu’ils entretiennent des attitudes spirituelles propres à l’activité catéchétique elle-même. En d’autres termes, le catéchète se doit d’adopter un ensemble d’attitudes spirituelles qui s’accordent à l’acte catéchétique : a) se laisser évangéliser par ceux et celles que l’on s’efforce d’évangéliser; b) se risquer à l’accueil dans le lieu de l’autre; c) allier rigueur et joyeuse démaîtrise face à la liberté des êtres humains et à la grâce de Dieu; d) faire la différence entre croire avec et croire comme; e) être une compagne ou un compagnon de route et de prière. Certes, l’énumération de toutes ces compétences peut laisser à penser que peu de personnes peuvent s’engager dans la mission catéchétique. Il ne s’agit pas de faire preuve de toutes ces compétences avant de s’engager. D’où l’importance de recourir à des équipes de catéchètes au sein desquelles pourront être développées ces différentes compétences. Ce qui importe, c’est de porter le désir de répondre adéquatement aux exigences de la mission catéchétique et de développer des attitudes de formation continue pour développer ces compétences. La responsabilité de la formation adéquate des personnes catéchètes est d’abord la responsabilité du prêtre modérateur de la charge pastorale. En cela, il peut recourir aux services de la personne responsable de la mission catéchétique dans notre Église diocésaine ou encore à notre Centre diocésain de formation en pastorale pour l’organisation de certaines sessions ou parcours de formation.

Tenir ferme dans l’espérance

Dans un dernier bulletin Passages, F. Enzo Biemmi, directeur de l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses de Vérone, lançait en boutade : « Si vous demandez à un citoyen de l’Allemagne de l’Est : ‘Vous êtes chrétiens ?’ il vous répondra, tout simplement : ‘Non, je suis normal ».24 J’entends déjà certains dire que si nous posions la même question à quelques-uns d’ici, nous aurions sans doute la même réponse.
Toujours selon M. Biemmi, « la vieille chrétienté européenne est en train de disparaître, soit par rupture, soit par oubli, soit par une certaine continuité sociologique des habitudes chrétiennes dans des mentalités désormais sécularisés. »25 Ne pourrions-nous pas en dire autant de notre chrétienté québécoise ?
Certaines personnes bien-pensantes se posent la question à savoir s’il ne s’agirait pas de la fin du christianisme ou de l’Église ? Il me semble que c’est mal poser la question. Si, au contraire, nous étions les témoins d’un nouveau temps de l’Église, libéré de son conformisme sociologique, de la force de l’obligation et de l’habitude. Peut-être alors serons-nous capables de faire une relecture de la situation actuelle avec une touche d’espérance.
Puisque tout événement difficile qui marque nos vies nous appelle à la résilience, ainsi en est-il de la situation actuelle du christianisme ou de l’Église au Québec. Plutôt que de développer une pensée nostalgique d’un passé encore récent, la situation actuelle pose le défi de la conversion missionnaire de notre catéchèse.
Cela suppose que les personnes engagées dans la catéchèse ne se considèrent plus comme des enseignants ou des enseignantes, mais comme des compagnons ou des compagnes, qui marchent sur la route de la vie avec leurs frères et leurs sœurs tout en témoignant simplement de leur foi en Jésus Christ, aidant ainsi chacun et chacune à poursuivre sa route de la quête du sens sous la mouvance de l’Esprit Saint.

+ François Lapierre, p.m.é.
évêque de Saint-Hyacinthe

Donnée en l’église Cathédrale de Saint-Hyacinthe
à l’occasion de la Messe des Nations
du dimanche missionnaire,
le 24 octobre 2010.

1DIOCÈSE DE SAINT-HYACINTHE, Balises et Critères pour la réalisation de notre mission catéchétique, septembre 2003.
2ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES DU QUÉBEC, Jésus Christ, chemin d’humanisation, Orientations pour la formation à la vie chrétienne, Éditions Médiaspaul, 2004, 109 pages.
3A. E. Q., o.c., p. 71.
4A. E. Q., o.c., p. 72.
5Actes, 2,42.
6JEAN PAUL II, Catechesi Tradendae (La catéchèse en notre temps), 1979, p. 5.
7CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la catéchèse, Libreria Editrice Vaticana, 1997, p.88, no 85.
8Actes, 4,32.
9CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la catéchèse, p. 90.
10« Si vous ne retournez pas à l’état des enfants… » (Mt 18,3)
11« Si quelqu’un scandalise l’un de ces petits… » (Mt 18,6)
12« Aller à la recherche de la brebis égarée… » (Mt 18,12)
13« Reprends-le, seul à seul… » (Mt 18,15)
14« Si deux d’entre vous unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit… » (Mt 18,19)
15« Jusqu’à soixante-dix fois sept fois… » (Mt 18,22)
16Jean 13,34.
17A.E.Q., o.c. p. 78.
18Paroles du rituel du baptême.
19Directoire général pour la catéchèse, pp. 232-233, no 220-221.
20DIOCÈSE DE SAINT-HYACINTHE, o.c., p. 28.
21Directoire général pour la catéchèse, p. 246, no. 234.
22Pour cette question de la formation des catéchètes, nous reprenons les grandes lignes de FOSSION, André, La compétence catéchétique, perspectives pour la formation, extrait de DERROITTE, Henri, PALMYRE, Danielle, Les nouveaux catéchistes, leur formation, leurs compétences, leur mission, Pédagogie catéchétique 21, Lumen Vitae, 2008, pages 15-32. 23Luc 25,17.
24OFFICE DE CATÉCHÈSE DU QUÉBEC, Bulletin Passages, livraison hiver 2010, p. 1
25Idem.

Lettre pastorale # 7 – par François Lapierre, p.m.é., évêque

Adoramus te

À tous les fidèles du diocèse de Saint-Hyacinthe
    1. Il y a quelques mois se terminait le Congrès eucharistique international de Québec. Des milliers de pèlerins – venus d’ici et du monde entier – ont alors redécouvert le sens central de l’Eucharistie pour la vie chrétienne. Témoignages, enseignements, célébrations grandioses, processions, temps d’adoration, échanges et exposition, autant de moyens ont été mis à la disposition des pèlerins leur permettant de saisir de l’intérieur, mais aussi de l’extérieur, le rôle central de l’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde.
    2. Dans notre diocèse, nous nous y étions préparés. Dans chaque paroisse (unité pastorale) vous avez tenté, dans la mesure de vos moyens, d’y participer ou du moins d’être en communion de prière avec vos délégués paroissiaux et les pèlerins du monde entier.
    3. Et voici que nous sommes en Carême; temps par excellence pour refaire nos forces spirituelles et consacrer un peu plus de temps à la prière, à la méditation de la Parole et, pourquoi pas, à l’adoration eucharistique. En effet, au retour du Congrès eucharistique, les pèlerins de notre diocèse ont souhaité pouvoir vivre plus souvent – et dans de meilleures dispositions – des temps d’adoration.
    4. Au cœur de notre Carême 2009, nous sommes invités à reconnaître l’amour du Père exprimé en Jésus Christ et à nous mettre en marche avec lui. Deux attitudes du pèlerin : prendre un temps (plus long) pour reconnaître l’amour indéfectible de notre Dieu et décider de faire route à sa suite.
    5. C’est dans cette optique que je propose à chacune des paroisses du diocèse de vivre un temps d’arrêt sous le mode de l’adoration eucharistique. Vous en connaissez déjà les lieux et les heures. C’est donc dire que, cette année, dans notre diocèse, il y aura un temps d’adoration quotidien tout au long du Carême qui, chaque semaine, sera inauguré par la prière de vêpres à la Cathédrale.1
    6. À ce moment-ci, permettez-moi de vous rappeler les grandes étapes historiques de cette piété populaire afin d’en redécouvrir le sens et la portée spirituelle pour nous aujourd’hui.
    7. Au cours des dix premiers siècles de l’histoire de l’Église, l’adoration eucharistique en dehors de la messe n’existe pas – du moins pas dans la forme que nous lui connaissons. Ce qui importe alors, ce qui est déjà le cœur de la vie des chrétiens et des chrétiennes, c’est la célébration du dimanche. Et je dis bien célébration du dimanche car si la célébration de l’Eucharistie y est centrale, la fête, l’enseignement (notre catéchèse d’aujourd’hui) et un sens très aigu du partage avec les plus pauvres s’inscrivent comme des éléments constitutifs de chaque dimanche. C’est d’ailleurs dans cette foulée qu’apparaît la nécessité de partager avec les plus pauvres – et d’une manière particulière avec les malades, les orphelins et les veuves – une partie des offrandes recueillies (pain de la table) et du pain eucharistique (communion aux malades). Tout se fait le dimanche…le jour du Seigneur. La présence sacramentelle du Christ est donc entièrement liée à la présence de la communauté et aux actions de celle-ci : se rassembler, prier ensemble, faire mémoire du Seigneur, partager le pain et le vin, s’instruire mutuellement et s’occuper des autres.
    8. Au tournant du 10e siècle, alors que les messes  » sur semaine  » apparaissent dans les monastères, il y a communion aux pré-sanctifiés : une partie du pain et du vin consacrés le dimanche est placée sur l’autel (point central de la célébration eucharistique) et sert à la communion aux célébrations sur semaine. Peu à peu, dans un souci d’hygiène et de respect, on recouvrira ces offrandes d’un linge puis, d’une petite boîte, plus ou moins décorée. Celle-ci deviendra le tabernacle de nos retables, le centre de l’autel, le point de mire de chaque église.
    9. Si, au cours du Moyen-Âge, les chrétiens et les chrétiennes se reconnaissent indignes à communier fréquemment, ils ont quand même réclamé à grands cris le privilège de voir l’hostie consacrée. Apparaissent alors l’élévation de l’hostie et du calice au cours de la messe (avec le tintement de la clochette pour prévenir l’assemblée, occupée par des dévotions particulières, que le moment ultime arrivait), les ostensoirs et les lampes du sanctuaire manifestant la présence dans l’église de Jésus-Hostie!
    10. Et l’expression est lancée : la présence! Voilà sur quoi des générations et des générations de chrétiens vont centrer leur attention : la présence de Dieu, être en sa présence, sentir sa présence, rester en sa présence. Comme l’expliquait une religieuse contemplative à un groupe de futurs confirmés, il s’agit d’une conversation amoureuse avec mon Seigneur.  » Cette dévotion aura donc largement contribué à développer une véritable prière personnelle ainsi qu’une attitude d’adoration chez les chrétiens et les chrétiennes. « 2
    11. À partir du Concile Vatican II (1963-1965), sans doute grâce à une redécouverte du sens plénier de l’Eucharistie, des accents différents ont été mis de l’avant : l’engagement, une option fondamentale pour les pauvres, la construction du Royaume, l’importance de la table de la Parole de Dieu au cœur de chaque sacrement, l’œcuménisme et, plus près de nous, la catéchèse et les sillons de la nouvelle évangélisation. Mais il importe de redécouvrir que l’Eucharistie dominicale – dans toutes ses dimensions – constitue le cœur, le nœud, le centre de notre foi et de notre adhésion au Christ mort-ressuscité et que la véritable attitude d’adoration se vit d’abord tout au long de la célébration.
    12. L’adoration eucharistique prendra donc tout son sens dans le prolongement de la célébration du dimanche. L’Eucharistie dominicale est une invitation à accueillir ensemble l’œuvre de Dieu dans nos vies. C’est une invitation à reconnaître le don  » amoureux  » du Fils au Père, de ce Jésus de Nazareth qui donne sa vie librement pour que nous l’ayons en abondance.  » Il faut veiller à ne pas perdre de vue que l’Eucharistie, qui nous a été donnée par le Seigneur, est une action, un mémorial et un repas. C’est une action confiée à l’assemblée des croyants. Elle n’est pas d’abord ordonnée à combler un désir individuel, mais elle contient l’ouverture des membres de l’assemblée les uns vers les autres; il en va d’ailleurs d’une ouverture à l’humanité tout entière dans son rapport à la vie et à la mort, lesquelles nous renvoient toujours au mystère pascal « .3
    13. Chacune des quatre parties de la messe nous invite à nous décentrer de nous-mêmes pour fixer notre regard sur le Christ qui nous oblige à regarder l’autre, les autres et à les considérer comme des frères et des sœurs.
    14. Déjà le mot d’accueil du président et la réponse de l’assemblée manifestent le mystère de l’Église rassemblée (PGMR. No.504). L’acte pénitentiel est réalisé par toute la communauté utilisant une formule de confession générale (PGMR 51)5 et le Gloria est cette hymne très ancienne et vénérable par laquelle l’Église tout entière, rassemblée par l’Esprit, glorifie Dieu le Père ainsi que l’Agneau qu’elle supplie (PGMR 53)6.
    15. Dans la liturgie de la Parole, Dieu nourrit son Peuple rassemblé. Cette Parole divine, le peuple la fait sienne par le silence et les chants et il y adhère par la Profession de foi. Nourri par elle, il supplie avec la Prière universelle pour les besoins de toute l’Église et pour le salut du monde entier. (PGMR 55)7.
    16. Par la prière eucharistique, le prêtre invite le peuple à élever les cœurs vers le Seigneur dans la prière et l’action de grâce et il se l’associe dans la prière qu’il adresse à Dieu le Père par Jésus Christ dans l’Esprit Saint au nom de toute la communauté. Le sens de cette prière est que toute l’assemblée des fidèles s’unisse au Christ dans la confession des hauts faits de Dieu et dans l’offrande du sacrifice. (PGMR 78)8.
    17. La quatrième et dernière partie de la messe, la bénédiction et le rite d’envoi, même si elle apparaît comme étant la plus courte, demeure essentielle. Elle est une invitation à aller porter au monde réconciliation, Parole, engagement et pain. Elle est ouverture sur le monde pour le transformer. Elle est engagement à aller vers nos frères et sœurs avec les intentions et les dispositions du Seigneur. Comme le disait Claude Lafortune dans une vidéo pour expliquer le déroulement de la messe aux enfants9, c’est ici que tout commence!
    18. Si l’adoration eucharistique est en lien avec l’eucharistie dominicale, elle est donc, elle aussi, décentrage de soi-même et invitation à  » porter  » la communauté dans son intention d’intervenir directement dans la transformation de notre monde. Pas plus que pour l’Eucharistie, il ne s’agit pas d’une affaire individuelle!  » Elle est faite pour aller vers l’autre comme le Christ s’offre pour les autres « .10 D’ailleurs, dans les notes pastorales du Rituel du Culte eucharistique en dehors de la messe11, nous pouvons lire au no.81 :

Les fidèles se rappelleront en outre que, par cette prière devant le Christ Seigneur présent dans le Sacrement, ils prolongent l’union obtenue avec lui dans la communion et renouvellent cet engagement qui les pousse à pratiquer par toute leur vie ce que la célébration de l’Eucharistie leur a fait saisir par la foi et le sacrement. Ils s’efforceront donc de passer toute leur vie dans la joie, soutenus par cette nourriture venue du ciel, en participant à la mort et à la résurrection du Seigneur. Que chacun donc s’empresse d’accomplir de bonnes œuvres et de plaire à Dieu, en se donnant pour tâche d’imprégner le monde d’esprit chrétien et de devenir témoin du Christ en toute circonstance, au cœur même de la communauté humaine.

  1. Ainsi vécu, chaque temps d’adoration devient une action communautaire et une ouverture sur le monde. Liés aux quatre parties de la célébration eucharistique, ces temps d’adoration pourraient se vivre ainsi :
    • accueillir et adorer Celui qui nous réconcilie et nous invite à la réconciliation;
    • accueillir et adorer Celui qui nous rejoint par la Parole et nous incite à être ses témoins;
    • accueillir et adorer Celui qui nous donne sa vie et nous apprend à donner la nôtre;
    • accueillir et adorer Celui qui nous envoie sur des chemins d’engagement et de transformation du monde.
  2. De nouvelles perspectives nous sont offertes; des chemins neufs de compréhension de l’adoration eucharistique s’ouvrent à nous. Essayons de faire de notre temps d’adoration du Carême
    • une réelle expérience communautaire;
    • un véritable prolongement eucharistique;
    • une offrande au Père;
    • un lieu de décision pour un engagement personnel ou collectif dans le monde.

+ François Lapierre, p.m.é.
évêque de Saint-Hyacinthe

1on se rappellera que les vêpres sont célébrées à la Cathédrale de Saint-Hyacinthe tous les dimanches du temps du Carême à 16h, précédées d’un prélude musical à 15h30.
2Marc Pelchat, Adoration eucharistique et sens ecclésial dans, Cahiers de spiritualité ignatienne, septembre-décembre 2008, p. 91
3Pelchat, p.92
4L’art de célébrer la messe, Présentation Générale du Missel Romain, 3e édition typique 2002, Desclée Mame, Paris 2008, p. 43
5Ibid, p. 44
6Ibid, p. 44-45
7Ibid, p. 46
8Ibid, p. 55
9La messe c’est pas un jeu
10Pelchat p. 95
11canadienne, Bulletin National de liturgie, 16 (1982) nno.85-86, 87.

Lettre pastorale # 6 – par François Lapierre, p.m.é., évêque

Cinq défis à relever pour notre mission catéchétique

Aux agentes et agents de pastorale, aux prêtres, aux diacres permanents
Aux catéchètes
Aux membres des CPP, COP et Assemblées de Fabrique
Aux responsables des mouvements
Chères soeurs, chers frères dans le Christ,

La société dans laquelle nous vivons a subi, en relativement peu de temps, une perte importante de ses références chrétiennes. Aujourd’hui, en Occident et particulièrement au Québec, le processus de sécularisation s’est radicalement accéléré et la culture chrétienne est de moins en moins transmise efficacement aux générations qui se succèdent1. L’être humain ne se contente plus de vérités toutes faites. Sa réalité est devenue éclatée : il y a plusieurs définitions du couple, du mariage, de la famille, etc. Tel qu’on le constate en sciences des religions, il existe une tendance à l’évacuation de la transcendance, c’est-à-dire que « la vérité devient plus facilement celle que l’on se construit soi-même, souvent sans référence à des normes universelles [et cela conduit] à un pluralisme et à une diversité de pensée et d’agir que l’on a jamais connue auparavant2 ».

Cependant, on constate en même temps que de nombreuses personnes s’approchent de l’Église avec une immense soif spirituelle et une surprenante recherche de la foi. Comme les évêques du Québec le mentionnaient déjà en 2004 dans le document Jésus Christ chemin d’humanisation, « il devient urgent de retrouver « le goût de l’avenir » et la volonté de faire du devenir humain un projet commun3 ». Comme ce fut le cas à chaque tournant majeur de civilisation, l’Esprit Saint nous invite à créer une nouvelle façon d’annoncer l’Évangile. Ce but ne change pas.

En octobre 2003, dans la continuité du document Faites des disciples, nous avons vécu un congrès diocésain très dynamisant pour la mission catéchétique de notre Église. Le partage d’expériences et les échanges stimulants nous ont donné du souffle pour prendre le tournant qui s’impose. À cette occasion, nous nous sommes appropriés les Balises et critères qui nous guident encore dans le choix des propositions que nous faisons aux personnes désireuses de vivre un engagement en véritables disciples de Jésus Christ.

Un an plus tard, le 6 novembre 2004, les catéchètes se sont rencontrés lors d’une journée diocésaine. Nous nous penchions alors sur les façons d’appeler et d’accompagner les catéchètes dans les différentes étapes de leur engagement. Je veux aujourd’hui exprimer mon appréciation pour tous les efforts accomplis. Des fruits sont déjà visibles. Je constate que certains milieux offrent des démarches plus axées sur la Parole de Dieu, travaillent davantage en concertation, proposent de nouveaux parcours aux adolescents et aux adultes.

Pour poursuivre avec ardeur notre mission catéchétique auprès des personnes de tous âges, j’insiste sur cinq défis qu’il m’apparaît important de relever dès maintenant dans nos milieux4 : l’approche catéchuménale, le dialogue pastoral, l’approche biblique, la durée dans la démarche, et le développement d’une communauté de catéchètes. La mission est exigeante. Il nous reste des pas à faire. Il est donc nécessaire qu’une concrétisation de ces défis soit observable dans tous les milieux d’ici juin 2009.

L’approche catéchuménale5

Il est urgent d’avoir dans tous nos milieux des projets qui visent à former à la vie chrétienne6 en favorisant une adhésion de foi personnelle et communautaire. Ces projets n’auront pas pour unique but de faire vivre des sacrements au plus grand nombre de personnes possible. Ils ne se limiteront pas à une préparation immédiate à un sacrement. On proposera donc des parcours variés et souples. Ils tiendront compte du vécu des personnes, présenteront la foi de l’Église et comporteront plusieurs étapes à célébrer dans les milieux ecclésiaux, qu’ils soient paroissiaux ou autres7 .

Le dialogue pastoral8

Former à la vie chrétienne, c’est susciter un processus de transformation à la suite du Christ. « Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation9 ». Donc, la catéchèse est d’abord de l’ordre de la rencontre. Cela nous appelle à nous laisser habiter par l’Esprit du Christ en étant ouverts, authentiques, capables d’un amour désintéressé qui accueille et qui écoute.

Il est primordial de tenir compte de l’expérience de chaque personne, de lui aménager des temps d’échanges et d’intégrer ce qu’elle vit dans son devenir chrétien. Les parcours catéchétiques éclairent chaque personne afin qu’elle puisse identifier sur quels fondements elle bâtit sa vie et sur quels principes elle oriente ses choix.

Dans ce dialogue pastoral, où l’Église porte en elle le trésor de ce qu’on a appelé à l’origine « la Voie10 », il faut constamment se rappeler que nous sommes en chemin les uns avec les autres, guidés par l’Esprit Saint.

L’approche biblique11

L’approche biblique contribue à construire l’identité chrétienne et ouvre à la prière. Une nécessité s’impose à notre Église pour le succès de la mission catéchétique. Que chaque communauté développe le goût de la Parole de Dieu, une Parole qui résonne dans la vie de tous les jours, par une pédagogie qui permet à cette Parole de circuler entre tous les gens en cheminement. Nous proposerons donc des catéchèses qui initient aux symboles bibliques et liturgiques. Une attention particulière sera donnée à la Prière du Seigneur (le Notre Père) et au Credo (Je crois en Dieu).

La durée12

Le but ultime de la catéchèse est de « viser la transformation de la personne jusqu’à l’acte de foi au Christ, la prière et l’engagement13 ». Pour réaliser cette mission, il est crucial de respecter le développement psycho-religieux de la personne. La nécessité de prendre du temps pour former à la vie chrétienne s’impose avec acuité.

Une communauté de catéchètes14

Être catéchète c’est, au nom de notre baptême, reconnaître l’appel du Christ à une mission spécifique en Église. Il s’agit d’un véritable ministère. C’est pourquoi il est important de bien se préparer à ce service. Une formation continue et des temps de ressourcement seront nécessaires pour poursuivre la mission avec ardeur et compétence.

Les expériences actuelles nous invitent à être au fait du vécu des catéchètes qui cheminent d’une étape à l’autre : collaboration ponctuelle, fidélité accrue dans le temps, formation et mission de catéchètes. Chaque milieu doit avoir le courage d’interpeller des baptisés en vue d’un engagement dans « le devenir catéchète ». C’est aussi un grand défi pour notre Église d’offrir un accompagnement personnel et une formation de qualité.

Conclusion

Comme nous pouvons le constater, les défis qui s’offrent à nous sont nombreux, mais non insurmontables. Dans un premier temps, je dirais que dans nos communautés paroissiales, il importe de valoriser le ministère des catéchètes. Nous devons également travailler à la formation de catéchètes compétents et dévoués. Pour cela, il sera essentiel de mettre toutes nos ressources en commun.

Aujourd’hui, en la fête de l’Annonciation du Seigneur, je confie notre mission catéchétique à la Vierge Marie qui a su accueillir la Parole de Dieu qui lui fut dite de la part du Seigneur par l’Archange Gabriel. Dans l’Évangile de Jean, plus particulièrement aux noces de Cana, nous retrouvons Marie qui met les serviteurs de la noce sur le chemin de la rencontre avec le Seigneur : « Faites tout ce qu’il vous dira. » (Jn 2, 5).

Je demande à Marie, Mère de l’Église, de soutenir toutes les personnes engagées dans cette mission catéchétique. Que par son intercession, le peuple de Dieu d’ici puisse se laisser rejoindre et transformer par la Parole qui ne revient pas sans effet, sans avoir accompli et réalisé l’objet de sa mission. (cf., Isaïe 55, 10-11)

Bonne route.

+ François Lapierre, p.m.é.
évêque de Saint-Hyacinthe

1Voir Peter Beyer, professeur au Département d’études anciennes et de sciences des religions de l’Université d’Ottawa, qui dit à ce sujet, en ce qui concerne le Canada des vingt dernières années du XXe siècle : « l’ensemble des Canadiens s’identifient un peu moins au christianisme et sont un peu plus nombreux à ne déclarer ‘aucune religion’ ». Peter BEYER, « Transformations et pluralisme : les données de recensements de 1981 à 2001 », dans Solange LEFEBVRE (dir.), La religion dans la sphère publique, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2005, p. 33. Voir aussi Sophie THERRIEN, « La diversité religieuse et les institutions publiques : quelques orientations », dans Ibid., pp. 70-90. Sophie Therrien parle de « laïcisation accélérée » (p. 75) durant la période 1960-1975 au Québec et de « poursuite du processus de laïcisation de la société » de 1975 à nos jours (p. 77). Elle tente de définir les concepts de laïcisation, de laïcité et de sécularisation qui, dans la littérature actuelle, ne font pas consensus quant au sens à leur donner (pp. 81-82). Elle met en évidence que ces trois concepts se situent au carrefour de la sociologie, de la philosophie et de la théologie.
2Voir Gilbert GARIÉPY, « Religion, pastorale et soins spirituels en milieu de santé », Solange LEFEBVRE (dir.), op. cit., p. 157.
3ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES DU QUÉBEC, Jésus Christ chemin d’humanisation. Orientations pour la formation à la vie chrétienne, Montréal, Médiaspaul, 2004, p.19
4Je me réfère pour cela aux documents Balises et critères pour la réalisation de notre mission catéchétique (octobre 2003) et Une communauté de catéchètes (novembre 2004).
5Voir les balises diocésaines 1.1, 2.1, 2.2, 2.3, 3.1, 3.2, 3.3, 4.1.3 et les sections 1 de la p. 3; I- 1,2,3 des pp. 4-5; II- C et D des pp. 6-7 du document Une communauté de catéchètes.
6On entend par  » former à la vie chrétienne  » :  » proposer un ensemble d’expériences, de références et de moyens d’apprentissage pour favoriser la communion avec le Christ « . Il s’agit d’être dans un projet global, qui ne se limite ni à l’initiation, ni à un âge donné, ni à un type de parcours. Voir à ce sujet le document de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec : Jésus Christ chemin d’humanisation. Orientations pour la formation à la vie chrétienne (2004).
7Voir les balises diocésaines 2.3, 2.6 de la page 12
8Voir les balises diocésaines 1.1, 2.2, 2.7, 3.3, 3.5 et 4.1.1. Voir aussi l’ensemble du document Une communauté de catéchètes. Le dialogue pastoral est présent de façon continue, dans l’attitude et le savoir-faire. Le récit des disciples d’Emmaüs est un bon exemple de dialogue pastoral.
9Constitution pastorale Gaudium et Spes, Vatican II, ? 22-1
10Voir Ac 9, 2 et Ac 18, 25-26.
11Voir les balises diocésaines 1.4, 2.4, 2.5, 4.1.3 et la page 2 du document Une communauté de catéchètes.
12Voir les balises diocésaines 2.1, 2.2, 2.3, 2.7, 3.1, 3.3, 4.1.3 et les sections I- 1, 2; II- D; III- du document Une communauté de catéchètes.
13Comité épiscopal de l’Assemblée des évêques du Québec, Options privilégiées en éducation de la foi des adultes, Mai 1994, p. 17. Voir Balises et critères, p. 21.
14Voir le document Une communauté de catéchètes.

Lettre pastorale # 5 – par François Lapierre, p.m.é., évêque

Carême 2006 – suivi de Les étapes de la lecture priante de la Bible

Chères Soeurs, Chers Frères dans le Christ,

Au début de ce Carême 2006, je vous écris pour vous exprimer mon désir que nous puissions faire de cette montée vers Pâques un temps qui renouvelle l’ardeur de notre foi, un temps d’annonce de l’évangile.

Ces 40 jours du Carême nous rappellent les années que le peuple de Dieu passe au désert après la sortie d’Égypte, en marche vers la terre promise. Ce temps de Carême nous invite donc à quitter les situations qui entravent notre liberté et à accueillir la vie, à entrer dans une terre nouvelle.

Ce temps de grâce nous rappelle aussi le temps que Jésus a passé au désert « poussé par l’Esprit » (Mc 1,12); un moment très important où il vit le passage de la vie cachée à Nazareth à la vie publique qui le conduira jusqu’aux événements tragiques de Jérusalem. Au milieu des tentations, Jésus cherche à rester fidèle à sa mission qui le conduira de la tranquille Galilée aux collines du Golgotha.

Durant ces 40 jours, Jésus cherche à intégrer les différentes dimensions de son être et à les mettre au service de sa mission. « Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient »(Mc 1,13) nous dit l’évangile de saint Marc.

Nous aussi, comme personne, comme Église, nous avons des passages à vivre. Au milieu des tentations de toutes sortes, nous avons à découvrir notre mission dans le monde. Nous qualifions souvent le moment que nous vivons en Église de « traversée du désert ». Le temps du Carême, lui, nous rappelle que le désert peut être fertile.

Cette année, c’est l’évangile de saint Marc qui accompagnera notre marche de Carême. Pendant longtemps, on a eu tendance à donner moins d’importance à ce texte, pourtant le plus ancien des quatre évangiles. Aujourd’hui, on découvre qu’il s’agit d’un évangile particulièrement adapté pour une Église qui vit en situation missionnaire.

Évangile pour catéchumènes

L’évangile de Marc est souvent appelé l’évangile des catéchumènes. Des spécialistes des Saintes Écritures affirment que cet évangile, qui n’a que 16 chapitres, était lu durant la nuit pascale aux futurs baptisés. C’est ce qui explique qu’on y trouve souvent des expressions comme « réveillez-vous », « faites attention à la façon comment vous écoutez ».

Depuis quelques années, des jeunes adultes sont baptisés. Ces catéchumènes sont comme le signe que toute notre Église doit re-découvrir ce chemin catéchuménal. C’est d’ailleurs une des dimensions importantes de notre catéchèse.

Or, en quoi consiste ce chemin catéchuménal? Il est précisément un chemin de rencontre avec Jésus, de dévoilement progressif de son identité et de décision de devenir son disciple aujourd’hui. C’est une route qui nous aide non seulement à voir qui est Jésus mais aussi à découvrir notre propre identité, comme ce fut le cas pour l’apôtre Pierre. (Mc 8, 33)

Au tout début de son évangile, saint Marc nous dit son projet. Il proclame l’identité de Jésus (Mc 1,1). Ensuite il montre comment cette identité ne fut dévoilée que très progressivement et perçue seulement au terme d’un long processus. En effet, il aura fallu un long cheminement avant que Pierre reconnaisse Jésus comme le Christ (Mc 8,29) et que le centurion romain voit en lui le Fils de Dieu. (Mc 15,39)

Expérience des disciples

Comme le fait noter le P. Michel Gourgues, o.p., « l’attention christologique est inséparable d’une attention portée aux disciples. Évangile de la révélation progressive du mystère de Jésus,Marc pourrait aussi bien être caractérisé comme l’évangile de la fidélité difficile à la suite de Jésus. »[1] Marc souligne le rôle important des disciples, il ne craint pas de parler à la fois de leurs grandeurs et de leurs attitudes négatives.

Il est important pour nous de voir cette place unique des disciples chez Marc. Jésus n’a pas voulu vivre sa mission seul. Il va l’exercer avec des compagnons. C’est déjà là un enseignement pour nous qui pourrions être tentés de travailler seuls, de nous lancer seuls dans l’aventure de la mission.

À plusieurs occasions, Jésus reproche aux disciples leur lenteur à croire, leur tendance à rechercher la première place, leur propre gloire. Cette incompréhension ira même jusqu’à la trahison, le reniement et la désertion. Jésus est donc loin de trouver tout le support qu’il aurait pu attendre de ses disciples.

Tout cela nous montre que « faire des disciples » n’est pas un défi de tout repos. Faire des disciples est une tâche exigeante. Dans son cours sur Marc, le P. Gourgues écrit : « se pourrait-il que Marc vise moins à critiquer l’expérience historique des disciples qu’à amener son Église à une autocritique?2 »

La maturation de la foi

La Communauté à laquelle s’adresse Marc est secouée par la persécution. La tentation de déserter y est forte. Notre Église vit une autre réalité. Elle est souvent ridiculisée, perçue comme dépassée.

La méditation de l’évangile de Marc nous montre que l’épreuve aide à faire grandir la foi. La tempête apaisée est un passage lumineux à cet égard. On connaît bien cet épisode mais on oublie parfois qu’il fait référence à la vie d’une communauté secouée par des évènements très difficiles. Saint Marc nous montre que les épreuves sont une occasion de croissance de la foi, qu’il faut savoir tenir bon même si les vents sont contraires. Comme les disciples, nous manquons souvent de confiance, nous n’avons pas foi au Seigneur, pourtant là au milieu de nous.

Dans son livre sur l’évangile de Marc intitulé Le chemin de la liberté , livre que je vous recommande, le P. Anselm Grün écrit : « Ce qui me fascine dans ce texte, c’est Jésus dans sa fonction de guérisseur; d’un guérisseur qui ne pratique pas des méthodes douces, mais lutte par la puissance de l’esprit contre celle de la maladie et de toutes les entraves à la vie. Dans mon travail d’accompagnateur spirituel, je me sens souvent très proche de ce Jésus-là, car il s’agit d’une lutte non pas contre l’être que j’ai en face de moi mais contre les fausses images qu’il a de lui-même, les images pathogènes qu’il a de Dieu ».1

Semer sans crainte

Nous avons fait imprimer des milliers d’exemplaires de l’évangile de saint Marc. Qu’arriverait-il dans notre Église si, durant ce Carême, des milliers de catholiques prenaient le temps de lire et de méditer ce texte, seuls ou en groupe? Une lecture priante de cet évangile produirait de grands fruits.

Dans les paraboles du semeur et du blé qui pousse tout seul, Marc nous montre la nécessité de semer généreusement, assurés que le positif l’emportera finalement sur ce qui peut être perdu(Mc 4,1-9). Il faut aussi avoir le courage de semer, aussi modeste que soit l’entreprise. (Mc 4, 30-32). Ces deux paraboles nous invitent à une grande confiance en Dieu qui est à l’oeuvre.

Il est donc tout à fait souhaitable que nous fassions de ce Carême 2006 un temps de semences. Aucune initiative ne devrait être découragée. Si deux ou trois personnes veulent faire ensemble une lecture priante de l’évangile, c’est déjà beaucoup. Cet évangile ne s’adresse pas à un groupe d’âge en particulier : jeunes et moins jeunes peuvent y trouver du fruit.

Je veux aussi me rendre disponible pour méditer avec vous cet évangile. N’hésitez pas à m’appeler et, si je suis libre, je me ferai une joie de vous rejoindre pour le lire et le méditer avec vous. Je vous invite également à diffuser largement cette lettre pastorale dans votre entourage.2

Bon Carême,

+ François Lapierre, p.m.é.
évêque de Saint-Hyacinthe

Les étapes de la lecture priante de la bible

Un rite pour une lecture en groupe

Pendant que chante l’assemblée :

  • allumer une bougie,

Si nous voulons prier avec la Bible, il nous faut :

  1. Lire
    Trouver un passage de l’évangile du jour ou celui du dimanche et le lire à haute voix.
  2. Relire
    Ensuite lire et relire ce passage pour en saisir le sens spirituel et en découvrir le message.
  3. Retenir
    Puis retenir une phrase, un mot même et l’écrire.
  4. Prier
    Avec mes mots, formuler une prière en demandant une grâce spéciale au Seigneur.
  5. Faire silence
    Descendre dans mon temple intérieur pour y contempler Celui qui l’habite.
  6. Témoigner
    Faire passer ma prière dans ma vie parle témoignage chrétien.

Cette manière de prier est simple mais il faut s’y adonner régulièrement si on veut qu’elle porte des fruits. D’ailleurs tout apprentissage demande une continuité et de la persévérance. C’est à ce prix que la prière deviendra aussi essentielle que le fait de respirer. Tentez l’aventure! Elle en vaut la peine et elle transforme peu à peu la personne qui y consacre quelques minutes de son temps. « La parole est efficace » nous dit l’auteur de l’épître aux Hébreux (Hé 4, 12). Elle seule peut nous changer pour le meilleur.

Ghislaine Salvail s.j.s.h.