Célébrons des funérailles
par Mgr Jean-Marc Robillard, p.h. licence en études bibliques
L'expression « célébrer des funérailles » n'a-t-elle pas quelque chose d'étrange? Comment pouvons-nous avoir l'audace d'inviter à la célébration des personnes qui viennent de perdre un être cher, qui vivent la douleur du départ d'un être apprécié et aimé? Nous pouvons nous demander ce qu'il y a à célébrer et pourquoi célébrer dans de telles circonstances?
Dans un premier temps, je dirais que nous sommes invités à célébrer la présence discrète, mais réelle de Dieu dans la vie de la personne qui vient de quitter notre monde. Au jour de son baptême, elle a été plongée dans la mort et la résurrection de Jésus Christ. Grâce au don de la foi baptismale, sa vie humaine a revêtu un nouveau dynamisme. Elle est désormais configurée au Christ mort et ressuscité. Dans le rite sacramentel du baptême, Dieu, pour ainsi dire, s'est penché sur cette personne et lui a déclaré : « Tu es mon fils (ma fille) bien-aimé-e sur toi j'ai déposé tout mon amour », c'est-à-dire ma toute-puissance de vie. Désormais, tu es promis-e à une vie éternelle de communion avec moi. Cette promesse de Dieu est indéfectible et ne peut être reprise. Dieu n'a cessé d'être présent à cette personne, même si, à un moment ou l'autre de sa vie, elle a pu s'éloigner de Dieu.
D'ailleurs, la mort et la résurrection du Jésus de Nazareth ne nous révèlent-t-elles pas que la dernière parole de Dieu sur toute vie humaine est une parole de vie éternelle. C'est donc cette présence indéfectible de Dieu dans la vie de celle ou celui qui vient de vivre son passage dans la vie éternelle, que nous sommes invités à reconnaître et à célébrer. Oui, comme le proclame la Préface des défunts : « la vie n'est pas détruite, elle est transformée ».
C'est d'ailleurs pour cette raison que dans la grande Tradition catholique, la célébration des funérailles a toujours été associée à l'Eucharistie pour bien marquer que la vie terrestre qui s'achève ne s'arrête pas avec la mort, mais se transforme en vie éternelle dans le monde de la résurrection. Il devrait en être encore ainsi aujourd'hui, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles ou encore en raison d'un choix clairement exprimé par la personne défunte ou par les membres de sa famille
Aujourd'hui, nous avons souvent des demandes de toutes sortes pour que la célébration des funérailles soit personnalisée le plus possible en lien avec ce que fut la vie de la personne défunte. Cela est compréhensible. Et comme communauté croyante, nous devons également célébrer cette présence de Dieu dans la vie de la personne. À titre de pasteur de cette communauté croyante, je crois que nous avons à mettre en lumière cette réalité de la foi, principalement au moment de l'homélie.
Je dirais que le deuxième motif de notre célébration est celui de reconnaître que la vie de la personne qui vient de nous quitter a été, à sa manière et à sa façon, un reflet de Dieu. Cette personne n'a pas été sans aimer, même si sa vie a pu être marquée par des faibles-ses de toutes sortes.
Comme dit l'auteur sacré : « Dieu sonde les reins et les coeurs » (Ps 7,10). Il sait ce qu'il y a au plus profond de nous et sait y reconnaître le moindre geste de bonté et d'amour : « Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense » (Mc 9,41). Si la société rend hommage à une personne pour ce qu'elle a su lui apporter, la communauté croyante ne peut-elle pas rendre grâce pour ce que cette même personne a pu lui témoigner et pour ce qu'elle a été pour elle : un fils ou une fille de Dieu. Voilà deux motifs de « CÉLÉBRER LA VIE ».
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