Évêque

Réflexions de Monseigneur François Lapierre

Mgr François Lapierre Mgr François Lapierre    

Juin 2010 - L'Esprit Saint, le Paraclet


À l'occasion de leur confirmation, les jeunes m'écrivent des lettres qui témoignent de la vie spirituelle surprenante qui habite ces nouvelles générations qu'on pense souvent éloignées de la foi. Je ne vous cache pas que ces lettres m'apportent beaucoup de joie et de réconfort.

Voici, à titre d'exemple, la lettre d'un jeune de douze ans qui a été confirmé, aujourd'hui, en cette fête de la Sainte Trinité. Il commence sa lettre en écrivant : « Je vous adresse cette lettre en vous parlant d'un passage de ma vie. », faisant un lien avec le récit de la traversée de la Mer Rouge.

Il écrit : « Le peuple a été appelé pour se mettre en route parce qu'il voulait changer de vie. Au milieu de la route ils ont rencontré Dieu, après avoir rencontré Dieu, ils se sont mis à monter. J'ai senti la même chose à l'école, cette année. J'avais l'impression d'être suspendu dans le vide, dans le néant, dans la noirceur. Au milieu de l'année, j'ai rencontré une personne qui m'a aidé, encouragé. Grâce à elle, j'ai réussi à passer mon année scolaire. Cette personne-là a fait transformer ma vie et j'ai plus confiance en moi. Je remercie Dieu de l'avoir mise sur mon chemin. »

Ce jeune a découvert que, comme le peuple opprimé en Égypte, il a fait lui aussi une expérience de libération et de salut. On peut attribuer la capacité de faire ce lien à la puissance de la Parole de Dieu, à la compétence des catéchètes qui cheminent avec lui, à l'influence d'une famille qui vit dans la foi.

Mais au-delà de ces réalités, je vois à l'œuvre l'Esprit de Vérité, le Paraclet. L'évangéliste saint Jean est le seul à présenter l'Esprit Saint comme le Paraclet, le défenseur, celui qui réconforte, qui encourage, qui console mais aussi qui enseigne.

Il me semble que les temps actuels nous font redécouvrir l'Esprit Saint comme Paraclet. Comment expliquer autrement que des jeunes qui grandissent dans un contexte apparemment séculier, dans des familles qui ont parfois pris leur distance face à la religion, développent une foi communicative qui interpelle leurs parents et leurs proches?

Dans son exhortation apostolique sur l'évangélisation, le pape Paul VI écrit : « On peut dire que l'Esprit Saint est l'agent principal de l'évangélisation… c'est lui qui, dans le tréfonds des consciences, fait accepter et comprendre la Parole de salut » 1

L'image de l'Esprit Saint comme maître et guide intérieur est très puissante. Déjà, Job voyait l'Esprit Saint comme défenseur des justes dans leur souffrance (Job 19,25). Comme au temps de Jésus, le Paraclet continue à prendre la défense des innocents qu'on maltraite et qu'on assassine.

Il est tout à fait impressionnant que des jeunes qui vivent toutes sortes d'épreuves dont, nous les adultes, n'avons souvent même pas conscience, poussent notre Église à redécouvrir l'Esprit Saint comme Paraclet, comme Défenseur, comme Éducateur de la foi, aujourd'hui.

+ François Lapierre p.m.é.

1 Paul VI Exhortation apostolique sur l'évangélisation, no 75 décembre 1975


Mai 2010 - Un chemin pour la famille


Comme vous le savez peut-être, je suis d'une famille « de dix enfants à table », comme le chante Claude Gauthier. En relisant aujourd'hui cette expé-rience avec ses joies et ses peines, la réalité de la prière en famille m'apparaît très importante.

Vous penserez peut-être qu'il s'agit là d'une projection de ma vie actuelle, je ne crois pas. Un fait de mon adolescence revient à ma mémoire. Mon père avait eu une crevaison sur l'un des pneus de son auto et comme c'était une période où, comme il aimait à le dire, « nous arrivions juste », il n'avait pas l'argent pour acheter un pneu neuf. Que faire dans cette situation?

Heureusement, chaque soir, nous priions le chapelet en famille avec le cardinal Léger. Sa façon de méditer les mystères du rosaire était exceptionnelle. Quand c'était l'un des chanoines de l'archevêché de Montréal, le niveau baissait parfois dangereusement.

Quand nous étions dans une période où « ça arrivait juste », nous priions avec plus d'intensité, me semble-t-il. Cela avait pour effet de nous garder dans la confiance. La prière n'était pas décrochée de notre vécu. Sans cette prière, j'ai la certitude que la vie de notre famille n'aurait pas été la même.

Vous penserez peut-être que je suis nostalgique ou que j'idéalise le passé. Je ne le pense pas. Je suis bien conscient que nous vivons aujourd'hui dans un autre temps, mais les confidences de plusieurs jeunes familles d'aujourd'hui m'ont fait voir que la prière en famille garde toute son importance.

Au dos de la lettre de confirmation de son fils, une maman a écrit : « les valeurs chrétiennes sont importantes pour moi et j'essaie avec ma famille de les mettre en pratique au quoti-dien par l'entraide, le pardon, l'amour et l'ouverture aux autres. Je prie Dieu le Père, Fils et Esprit Saint de m'accompagner chaque jour et j'espère que mon fils en fera autant.»

Une autre maman écrit : « notre foi nous a permis de traver-ser de nombreuses épreuves (incendies, décès, maladies). Grâce à notre foi, nous avons eu le bonheur de voir nos prières exaucées par la survie de notre fille cadette ».

Les parents qui ont écrit ces lettres sont dans la trentaine, ils vivent aujourd'hui, ils ont découvert que la foi et la prière en famille sont un chemin de bonheur.

Le mois de mai nous rappelle d'une façon bien particulière la prière de Marie. Dans son chant du « Magnificat », elle exprime d'une façon extraordinaire l'espérance des pauvres : « Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Luc 1,53)

Cette prière de Marie nous rappelle qu'il y a la faim du corps et nous ne pouvons oublier que des millions d'êtres humains vivent sans le pain quotidien; mais il y a également la faim de l'âme qui est très grande. Ce mois de Marie nous rappelle que la prière en famille est un aliment qui nourrit l'espérance.

+ François Lapierre p.m.é.


Avril 2010 - Les 25 ans de L'Envoi


Les vingt-cinq ans de L'Envoi sont une occasion pour honorer la mémoire de Monseigneur Langevin qui a eu l'audace de lancer cette revue, ce journal de notre Église de Saint-Hyacinthe en 1985.

Il existe bien des journaux. Un fait les caractérise de plus en plus, ils parlent très peu de la vie de notre Église. La cathédrale a beau être remplie pour la messe chrismale, on en fait très peu écho dans les médias. même notre télévision communautaire avait une panne technique le 31 mars dernier! 800 personnes descendent dans la rue pour la marche du Vendredi saint à Saint-Hyacinthe, l'événement passera sans doute inaperçu.

Mais lorsque des membres de l'Église sont pris en faute, les mêmes journaux trouvent soudainement beaucoup d'espace pour « pourfendre ces infâmes » et produire des analyses où on n'en finit plus de se demander si le catholicisme n'est pas en train de disparaître dans notre pays.

S'il ne s'agissait que de l'Église, on pourrait penser qu'il est bon pour son humilité et celle de ses fidèles qu'elle ne fasse pas la une des journaux. Il faut plutôt se réjouir du fait que l'Église partage de plus en plus la vie des gens ordinaires.

Mais il ne s'agit pas uniquement de l'Église; en ouvrant un numéro récent de L'Envoi, j'y trouve les sages conseils de notre regretté Chanoine Jules Leblanc aux couples et aux familles : « Laissez la vie entrer chez vous. On ne prend pas assez de temps pour goûter la vie au quotidien. » J'y lis une chronique « solidarité Haïti », une autre où on fait un lien entre les jeux olympiques de Vancouver et l'esprit athlétique qui peut inspirer toute vie humaine. On y trouve aussi un témoignage qui invite à redonner au centuple ce que nous avons reçu.

Les 25 ans de L'Envoi sont une belle occasion pour relire des numéros produits au cours des années. C'est aussi l'occasion de féliciter l'actuelle directrice, Madame Claire DuMesnil, et toutes les personnes qui rendent possible la parution de notre revue diocésaine. On ne peut oublier tous ceux et celles qui ont contribué à faire de L'Envoi, la revue dynamique de notre Église.

L'Envoi est, bien sûr, une revue de notre Église, mais il me semble qu'il est comme un journal de bord de l'aventure missionnaire que nous vivons. Ce 25e anniversaire nous invite à rendre grâce pour le quart de siècle qui se termine et à regarder avec espérance les années qui viennent. Le nom même de L'Envoi rappelle la mission, l'importance des nouveaux départs.

Je souhaite que cet anniversaire nous connecte toujours plus sur le Christ qui a dit aux soixante-douze disciples : « la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux… allez! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » (Luc 10, 2-3)

Que L'Envoi continue à réveiller l'ardeur de la foi, puisse-t-il faire entendre son message de paix dans un nombre toujours plus grand de maisons de notre diocèse.

+ François Lapierre p.m.é.


Mars 2010 - Le Bienheureux Frère André


L'annonce de la canonisation du Bienheureux Frère André est vraiment une bonne nouvelle. On sait qu'il est né à Mont Saint-Grégoire en 1845, que sa famille s'est ensuite déplacée à Farnham. Devenu orphelin à l'âge de douze ans, il est allé vivre chez un oncle à Saint Césaire. Au retour des États-Unis, il cherchera du travail à Waterloo et vivra quelque temps à Sutton. Il a donc vécu une bonne partie de sa vie d'enfant et de jeune dans notre diocèse.

À 12 ans, il est orphelin, pauvre, sans instruction et condamné au travail1. Cette situation aurait pu le briser mais heureusement, sa mère Clothilde a su lui donner de l'affection et de la sécurité. C'est elle également qui l'a initié à la foi, qui lui a montré à prier et lui a fait découvrir la dévotion à saint Joseph. Tout cela crée chez le jeune Alfred Bessette une confiance qui lui permet de faire face à la vie telle qu'elle se présente.

De plus, le futur saint a la chance de rencontrer, à Saint Césaire, le curé André Provençal qui sera un second père pour lui. Grâce à ce prêtre totalement donné à son ministère, le jeune Alfred découvrira sa vocation. Ce n'est pas un hasard si, au moment de sa profession religieuse, il prend le nom d'André. Le témoignage de ce bon curé a été déterminant pour lui.

Mais connaît-on suffisamment la vie cachée du futur saint? Au moment de son entrée dans la Congrégation de Sainte-Croix, le curé Provençal dira aux supérieurs d'alors : « Je vous envoie un saint ». C'est donc dire que les années d'enfance et de jeunesse ont été déterminantes dans la vie du Frère André. Des catéchètes m'ont dit que les jeunes générations connaissent très peu le fondateur de l'Oratoire. La canonisation d'octobre prochain est sûrement une occasion en or pour mieux faire découvrir la vie de ce témoin exceptionnel. Comme bien des jeunes d'aujourd'hui, le jeune Alfred Bessette a pratiqué plusieurs métiers, vécu toutes sortes d'expériences avant de trouver sa mission.

La vie du Frère André nous montre la très grande importance de la famille et de la communauté paroissiale dans l'éducation de la foi. La réalité du XIXe siècle était certes différente de celle d'aujourd'hui, mais les bouleversements y étaient aussi présents comme nous le montre le témoignage du futur saint.

Bon nombre de gens d'ici voudront se rendre à Rome pour la canonisation du 17 octobre, mais auparavant, ne serait-il pas bon de revisiter les lieux où il a vécu dans notre diocèse et de mieux saisir le secret de cette vie humble et toute donnée au service de Dieu, des malades et des pauvres.

L'annonce de la canonisation prochaine nous donne un motif de plus pour célébrer dans la joie la fête de Pâques, cette année. Cet heureux événement nous fait mieux apercevoir la puissance du Christ mort et ressuscité, c'est cette puissance qui brille dans la vie des saints.

+ François Lapierre p.m.é.

1. Jean-Guy Dubuc. Le Frère André, Fides 1996 p. 26


Février 2010 - Toute vie est vocation


Depuis plusieurs semaines, nos regards sont tournés vers Haïti, vers tant de personnes victimes du récent tremblement de terre dans ce pays. Devant les images dramatiques qui nous sont par-venues, une question a surgi : Que pouvons-nous faire?

Le mouvement de générosité et de solidarité généré par cette catastrophe a été extraordinaire et a apporté une première réponse au désir de faire quelque chose. Dans notre seul diocèse, la quête spéciale pour Haïti a rapporté plus de 200 000 $, ce qui est remarquable.

Cet argent ira directement à Haïti par l'intermédiaire de nos religieuses de la Charité qui y ont une communauté de plus de cinquante religieuses haïtiennes. Ce sera notre grain de sable pour aider à la reconstruction de ce pays où les maisons se sont effondrées mais où beaucoup de pauvres gens remplis de foi, restent debout.

Devant une catastrophe, il y a le court terme, l'aide immé-diate à apporter. Il y a également le long terme, l'événement devient alors le lieu d'une décision qui fera que notre style de vie sera différent, qu'une option nouvelle surgira.

Aux gens qui s'interrogent sur le sens de deux tragédies récentes, Jésus répond en montrant que sans conversion, il n'y a pas d'avenir. (Luc 13, 1-5) La conversion fait référence à la nécessité de prendre une décision qui va orienter notre vie de façon différente.

Comme le fait noter Marc Girard dans son commentaire de l'évangile de Luc, « la fragilité de la vie humaine ne fait que mettre en lumière l'urgence de la conversion : le « cœur » au sens biblique (comme lieu de la lucidité, de la décision et de l'adhésion) doit profiter de tout pour rajuster constamment ses choix, ses valeurs, son orientation de fond. »1

Haïti n'a pas seulement besoin d'une aide immédiate mais d'un monde qui soit autre. La récente lettre Caritas in veritate (L'amour dans la vérité) du pape Benoît XVI sur le développement humain intégral le rappelle avec force.

Le pape y cite de larges extraits de l'encyclique Populorum progressio (Le développement des peuples) du pape Paul VI. Il reprend entre autres le passage où ce dernier affirme : « Dans le dessein de Dieu, chaque être humain est appelé à se développer car toute vie est vocation ».2 C'est précisément, affirme le pape Benoît XVI, parce que le développement ne touche pas seulement des questions techniques mais le sens même de la marche humaine dans l'histoire que l'Église intervient sur une question aussi centrale.

Le Carême qui commence est un temps extraordinaire pour réviser notre vie à la lumière de la Parole de Dieu et des évènements récents de l'histoire où nous vivons. Les cendres que nous recevons nous invitent à revoir nos choix, nos valeurs, notre orientation de fond. Que cette montée vers Pâques nous fasse expérimenter le bonheur de la conversion.

+ François Lapierre p.m.é.

1 Marc Girard. De Luc à Théophile. Médiaspaul 1997, p. 101
2 Paul VI, Lett. Enc. Populorum Progressio, 26 mars 1967, no 15