Homélies de Monseigneur François Lapierre
Mgr François Lapierre
Homélie à l'occasion des Funérailles de Mgr Albert Sanschagrin. o.m.i.,
Le mardi 14 avril 2009
Chers parents et amis de Mgr Sanschagrin, chères sœurs, chers frères dans le Christ,
Je n'ai pas eu l'occasion de connaître Mgr Sanschagrin durant ses douze années de service comme 9e évêque de notre diocèse. Il a heureusement laissé de nombreux écrits sur son expérience de vie et d'épiscopat.
Ses notes intimes écrites au cours des années font découvrir un homme simple et transparent, un homme heureux. Il y raconte qu'en 1967, durant une rencontre avec le pape Paul VI, ce dernier, en apprenant son nom lui a dit : « Sanschagrin, mais c'est tout un programme ».
L'évangile de Saint Luc nous montre que ce qu'il y a de plus dangereux dans la vie, c'est de passer à côté du bonheur. L'évangile que nous venons d'entendre nous présente une béatitude surprenante : « heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ». Le terme grec traduit par « serviteur » est « doulos » qui signifie d'abord « esclave ». C'est dans la douleur et la maladie qu'il a vécu ses années de formation, il est pratiquement passé du lit à l'autel.
Quand il est devenu évêque coadjuteur d'Amos en 1957 à l'âge de 46 ans, Mgr Sanschagrin a pris comme devise épiscopale « Unico ecclesae servitio » qu'il traduisait lui-même « au service exclusif de l'Église ». Ce désir de servir l'Église est bien ce qui a donné sens à toute sa vie.
On sait que Mgr Sanschagrin appartenait à la Communauté des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée qui l'a si bien accompagné jusqu'à la fin. Je veux dire aujourd'hui un grand merci à tout le personnel de l'infirmerie des Oblats à Richelieu.
Mgr Sanschagrin, après son ordination presbytérale a été nommé à la centrale de la Jeunesse Ouvrière Catholique à Montréal où il s'est occupé de près de la préparation des 100 mariages au stade de baseball de la rue Delorimier. En 1942, il sera fondateur du Service de Préparation au Mariage qui existe toujours.
En 1947, il ira vers le Chili et sera fondateur de la Mission des Oblats au Chili. Durant toute sa longue vie, il restera très attaché à ce pays. Lors des dernières visites que je lui ai faites, il suffisait de mentionner le nom de la ville de Iquique ou de Antofagasta pour qu'il m'entretienne longuement de son ministère dans ce pays, de sa collaboration au journal local dont il aimait mentionner le nom : « Tarapaka »
Comme évêque il a participé à de nombreuses réunions en lien avec l'Amérique latine. En 1959, à Washington, il a participé à la première rencontre d'évêques des trois Amériques. C'est à cette réunion que s'est prise la décision de fonder un Grand Séminaire régional pour l'Amérique centrale à Tegucigalpa, au Honduras. Mgr Sanschagrin a continué, durant toute sa vie, d'être d'une grande générosité pour ce Grand Séminaire. Il a bien vu l'importance de développer une vision continentale de l'Église.
L'événement qui a le plus marqué sa vie d'évêque, c'est sûrement le Concile Vatican II. Il a participé à toutes les sessions du Concile. Quand il a été nommé évêque de notre diocèse en 1967, il a bien vu que sa Mission était de mettre notre diocèse en État de Concile. Pour cela, il a créé les offices diocésains qui allaient se transformer en nos services diocésains actuels. Il a également porté beaucoup d'attention à la vie religieuse; à cette fin, il a créé un office pour les religieux et religieuses et une table des supérieurs majeurs.
Marqué par la spiritualité du service, Mgr Sanschagrin a été un pionnier dans le rétablissement du diaconat permanent. Comme tout pionnier, il a rencontré dans ce projet de nombreuses résistances.
Mgr Sanschagrin avait une spiritualité incarnée. Il a lancé, en 1977, la Fondation de notre diocèse. Avec le recul du temps, on peut dire qu'il voyait loin et qu'il apercevait déjà les temps plus difficiles qui pointaient à l'horizon.
Dans toutes ces charges, Mgr Sanschagrin est resté un homme simple et proche des gens. Ces jours-ci, j'ai reçu de nombreux témoignages en ce sens. À l'exemple du Seigneur, il aimait les enfants, il aimait leur dire « toi, ma face de chinois ». Une maman me racontait que son fils, âgé alors de quatre ans, lui a un jour répondu les deux poings sur les hanches « tu apprendras que je ne suis pas un petit chinois » et que de là est née une solide amitié.
Très doué pour la communication publique, Mgr Sanschagrin l'était moins pour retenir les noms. Il savait dépasser cette limite en utilisant l'expression « saint homme » qui exprimait bien la grandeur de son âme, et son appréciation des personnes qu'il rencontrait.
Mgr Sanschagrin a été un serviteur disponible. Il ne s'est pas accroché à sa responsabilité épiscopale. En 1979, à l'âge de 67 ans, il a vu qu'il était préférable de donner sa démission. Dans la lettre qu'il a fait parvenir au pape Jean Paul II, il a clairement indiqué que c'était son désir de continuer à servir d'une autre façon et c'est ce qu'il a fait pendant de nombreuses années, toujours au service de notre diocèse.
Nous sommes réunis, aujourd'hui pour vivre la Pâque d'un évêque qui a voulu faire de toute sa vie un service pour l'Église. Au lendemain de la fête de la Résurrection du Seigneur, notre célébration d'aujourd'hui prend tout sons sens. Dans la seconde lettre à Timothée, une lettre que l'apôtre Paul écrit au soir de sa vie, alors qu'il est abandonné et seul en prison, il dit : « si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons ».
Ce grand missionnaire qu'a été Paul voyait bien que la mort n'est pas le dernier mot d'une vie qui s'est donnée pour l'annonce de l'Évangile de Dieu. Cette offrande qui est au cœur de l'eucharistie et qui a été au cœur de la vie de Mgr Sanschagrin, est semence de vie éternelle.
Que le Seigneur accorde à ce bon et fidèle serviteur qu'a été le neuvième évêque de notre diocèse, la paix et le repos éternels. Amen
+ François Lapierre, p.m.é.
Homélies antérieures
Homélie 3e dimanche du Carême 2009
Chères sœurs, chers frères dans le Christ,
Depuis quelque temps, les critiques n'ont pas manqué envers l'Église. Il y a eu la levée de l'excommunication de l'évêque Lefebvriste Wiliamson qui s'est avéré un évêque négationniste de la Shoah. Le pape Benoît XVI a écrit aux évêques pour reconnaître que tout n'avait pas été parfait dans la levée de ces excommunications.
La semaine dernière, les médias nous ont abondamment parlé de l'archevêque de Recife au Brésil, Dom José Cardoso Sobrinho qui a excommunié la mère et les médecins qui ont pratiqué un avortement sur une enfant de neuf ans qui attendait des jumeaux. Il a semblé dire que le viol était moins important que l'avortement.
Même si plusieurs évêques, de par le monde, ont pris leur distance face aux déclarations de l'archevêque de Recife, cet événement a provoqué beaucoup de réactions. J'ai reçu de nombreux courriels de personnes indignées, et scandalisées.
Que dire, que penser face à tout cela? Je ne vous cache pas que la seconde lecture de ce troisième dimanche du Carême m'est apparue éclairante. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'Église apparaît faible et remplie de limites. La communauté de Corinthe était formée de gens humbles, d'esclaves, il n'y avait pas beaucoup de gens de bonne famille.
Cette situation est à l'image même du Messie crucifié qu'a prêché l'apôtre Paul. Les Juifs attendaient un Messie puissant et les Grecs cherchaient une philosophie de haut niveau. La prédication d'un Messie crucifié leur apparaît inacceptable.
Il ne s'agit pas de justifier les insuffisances de l'Église. Nous voyons dans l'évangile comment Jésus nous rappelle ce qui est essentiel. Nous aussi, nous pouvons être tentés de donner plus d'importance à nos propres intérêts qu'à la prière et à l'adoration du vrai Dieu.
En parlant de la folie de la Croix, l'apôtre Paul ne veut pas dire non plus qu'on ne doit pas donner d'importance à la raison humaine. Ce que l'apôtre dénonce, c'est la suffisance de cette raison qui a fait qu'on a tué et mis en croix Celui qui était l'intelligence du Père. Au nom de cette raison, on continue à tuer bien des innocents.
L'apôtre Paul avait bien compris que la puissance de Dieu se manifeste dans la faiblesse humaine. C'est là une des lois de l'apostolat, de la mission. Ce sont souvent des personnes apparemment sans importance qui annoncent l'évangile du Salut.
La Parole de Dieu, l'homélie peuvent apparaître comme des moyens faibles pour manifester le mystère du Salut. Évidemment, il ne faut pas tout justifier mais il faut bien accepter que nous vivons constamment ce paradoxe de la puissance de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse humaine.
Dans chaque eucharistie nous reconnaissons la présence du Seigneur sous l'apparence humble d'un morceau de pain. Mais nous savons, dans la foi, que ce morceau de pain contient tout l'amour du monde. Lorsqu'au moment de communier, nous disons Amen, nous reconnaissons cette présence et nous reconnaissons que malgré ses lacunes, ses péchés, ses limites, l'Église est le corps du Christ et que nous avons pour mission d'être témoins de cette présence du Seigneur au quotidien.
Que la vision des limites et même des insuffisances de notre Église, loin d'alimenter notre critique, crée en nous le désir de nous engager pour faire que notre Église soit toujours plus fidèle à son Seigneur. Que ce temps du Carême la renouvelle et la purifie pour qu'elle puisse célébrer avec beaucoup de joie la fête de Pâques qui approche. Amen
Homélie 4e dimanche de l'Avent 2008
21 décembre 2008
Chères sœurs, chers frères dans le Christ,
Un sans abri est mort gelé dans un banc de neige à Montréal et cela, pendant que la plupart d'entre nous dormions dans une maison bien chauffée. Même à Saint-Hyacinthe, il y a sûrement des personnes qui gèlent dans des appartements mal chauffés et cela nous interpelle.
C'est une situation semblable que nous présente le passage du second livre de Samuel dont nous avons entendu la proclamation ce soir. David est conscient qu'il vit dans une bonne maison de cèdre pendant que l'arche de Dieu habite sous une tente. David est bien logé, Dieu est mal logé.
David a l'intention de construire une maison au Seigneur. Heureusement, il a un accompagnateur spirituel, le prophète Nathan. Ce dernier croit d'abord que c'est là la volonté de Dieu mais comme la nuit porte conseil, le lendemain il a une toute autre opinion.
Il dit à David, ce n'est pas toi qui vas me construire une maison au Seigneur mais c'est lui qui va te construire une maison, c'est lui qui va te donner une descendance. On le voit, le Seigneur est un itinérant, un nomade, il ne veut pas que l'être humain restreigne son action à un espace donné.
Que veut nous dire cette Parole de Dieu, à nous, qui vivons aujourd'hui? D'abord, me semble-t-il, que la vraie maison de Dieu c'est l'être humain créé à l'image de Dieu. Dieu est mal logé quand l'être humain est mal logé. Pour le Seigneur, l'important, c'est la dignité de la vie humaine.
On ne peut honorer le Seigneur présent dans l'eucharistie et le laisser geler dans un logis mal chauffé ou mourir dans un banc de neige.
David rêvait d'une maison, d'un temple pour le Seigneur, il était bien loin de penser que cette maison, ce serait le sein de Marie.
Oui Marie, quand tu as dit " oui " à l'ange, non sans avoir posé auparavant quelques questions, tu apportais une réponse à l'espérance déjà présente dans les préoccupations de David et de toutes les générations qui ont vécu avant toi. En t'inclinant devant la grandeur de ta mission, en disant " oui ", tu as porté l'espérance du monde.
Nous ne pouvons qu'être dans l'admiration devant l'action de Dieu qui choisit une humble jeune femme pour confondre les puissants de ce monde.
Nous le savons bien. Nous ne manquons pas d'édifices religieux souvent imposants, mais tous ces édifices ne peuvent assurer une progéniture. Comme nous le dit le psaume " en vain peinent les maçons si le Seigneur ne construit la Maison "
Au moment où nous nous préparons à accueillir le Seigneur qui vient, Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à dire oui à la mission qui est nôtre, apprends-nous à mieux voir que tu veux nous construire une maison aujourd'hui,que tu désires que de nouvelles générations viennent à la foi, c'est là notre espérance. Amen
Homélie Fête du Christ Roi
23 novembre 2008
Chères sœurs, chers frères dans le Christ,
Dernièrement une jeune de 17 ans est venue demander la confirmation, elle m'a dit qu'elle avait aussi convaincu son copain de se faire confirmer et un ami de se faire baptiser. Je lui ai demandé si sa famille était catholique, elle m'a dit que non, que ses parents n'avaient aucun intérêt pour la religion.
Comment expliquer un fait comme celui-là? Il me semble que nous avons une réponse dans la première lecture d'aujourd'hui tirée du prophète Ézéchiel où il nous présente le bon berger, il est dit " j'irai moi-même à la recherche de mes brebis."
Cette fête du Christ Roi nous rappelle que le Christ est à l'œuvre dans le monde. Le pape Pie XI est à l'origine de cette fête au temps où le fascisme, le nazisme et le communisme étaient en pleine montée. Le pape Paul VI a ajouté " de l'univers " Ces deux papes ont voulu rappeler cette action du Christ à l'œuvre dans le monde actuel.
Cette fête nous remplit d'espérance parce que l'histoire nous apparaît comme une réalité où, sous l'action du Christ, les puissances du mal sont détruites et le dernier ennemi à être vaincu, c'est la mort.
Comment pouvons-nous faire l'expérience de cette présence du Christ Roi de l'univers. Dans l'évangile, on nous dit, " j'avais faim et tu m'as donné à manger, j'étais malade et tu es venu me visiter, j'étais en prison et vous êtes venus jusqu'à moi. Chaque fois que nous nous engageons au service du Royaume, nous découvrons le Christ qui veut vaincre toutes les puissances du mal.
Notre grand séminaire de Saint-Hyacinthe porte le nom du Christ Roi. L'édifice a été vendu mais le grand séminaire existe toujours. Tous ne sont pas appelés à être prêtres mais le Christ nous invite tous à nous engager pour que triomphe son Royaume.
Cette eucharistie que nous célébrons est un sacrement du Royaume. Nous y rencontrons le Christ qui veut détruire toutes les puissance du mal, le Seigneur qui nous invite à marcher à sa suite.
Durant cette eucharistie nous prions le Notre Père et nous disons que ton Règne vienne, oui, que ton Règne vienne, Seigneur. Amen
Homélie pour le dimanche des Missions
19 octobre 2008
Chères soeurs, chers frères dans le Christ,
Ce soir, nous nous souvenons de Kateri qui revient de la Bolivie, de Nadia a séjourné à Kuujuarapik dans le Nord québécois, des jeunes qui se préparent à aller au Salvador, de Josiane dont nous allons célébrer le départ missionnaire. Nous pensons aussi aux religieuses qui sont en Haïti, plus particulièrement à Sr Claudette, à Bernard qui est à Nairobi au Kenya, au P. Beauregard, un jésuite originaire de Saint Damase, qui est reparti pour Taïwan à l'âge de 96 ans.
Ce sont de dignes descendants de l'apôtre Paul dont nous avons entendu la lecture de la première lettre aux Thessaloniciens. Nous sommes tellement habitués d'entendre ces lectures que nous oublions l'expérience de vie qu'il y a derrière.
Paul a pratiquement passé sa vie en voyage. Je partirai demain pour le Brésil où notre diocèse est présent depuis plus de cinquante ans. C'est un voyage pour l'évangile. L'apôtre Paul, poussé par l'Esprit, est allé vers la Grèce. Après un dur séjour à Philippe où on l'a mis en prison après l'avoir roué de coups, l'apôtre se rend à Thessalonique. Là également sa vie n'est pas facile mais il arrive à établir une communauté qui se développe bien.
Dans sa lettre, il dit :
« Sans cesse nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en Notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. »
« L'annonce de l'Évangile n'a pas été simple parole, mais puissance, action de l'Esprit Saint, certitude absolue. »1
Nous sommes réunis aujourd'hui pour rendre grâce pour cette action missionnaire de l'Église, ici et dans le monde. Nous sommes ici des gens de différentes origines culturelles mais réunis par une même foi. « Je t'ai appelé par ton nom. »
Durant cette eucharistie, nous rendons grâce pour cette action missionnaire qui manifeste l'amour du Père. Amen
11ère Lettre aux Philippiens

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