« Tu as du prix à mes yeux »(Is 43, 4)

Année pastorale 2010-2011

Claire Dumesnil

Présentation

Une année formidable en perspective

Le magnifique thème proposé cette année : « Tu as du prix à mes yeux », nous invite à poursuivre plus avant notre quête de bonheur amorcée l’an dernier avec « Qui nous fera voir le bonheur? ». Nous avons alors contemplé le visage de Dieu dans les sources de joie, quelques fois insoupçonnées, qui coulent au coeur de nos vies. Que de découvertes et d’inspiration pour vivre le quotidien et l’instant présent!

Cette année, c’est un peu comme si ressourcé-es à ce bonheur en Dieu et assuré-es, en notre être, d’avoir du prix à ses yeux, nous nous tournions vers les autres pour leur offrir, à notre tour, ce regard d’amour « inestimable ». La vie chrétienne ne trouve-t-elle pas tout son sens et sa plénitude dans le partage et la rencontre avec les femmes et les hommes qui croisent notre route? Dieu passe par nous, c’est formidable, entrons dans l’action!



Tu as du prix à mes yeux

Une demi-page c'est bien peu pour situer le thème de notre année pastorale dans ma pratique comme responsable du projet catéchétique.

Tu as du prix à mes yeux est pour moi la réponse à la prière que j'adresse à Dieu en l'appelant Père. Peu importe la situation où je me trouve, dans ma vie personnelle ou professionnelle, Il est toujours attentif à ma personne dans les bons comme dans les difficiles moments de ma vie. Même si je commets une erreur, il m'aide à me relever puisque j'ai du prix à Ses yeux. C'est aussi de cette façon que je vis mon ministère, ma vocation de donner le goût de Dieu.

Saisir le sens de la mission

Être attentive à l'autre, comprendre ce qui l'anime et ce qui l'habite, réfléchir ensemble sur le comment et le pourquoi des objectifs fixés, tenter de créer un équilibre entre les ressources disponibles et la vision personnelle. Voilà qui permet à la catéchèse de devenir un lieu de rencontre privilégié où la Parole nous met en marche, pas seulement pour les enfants, mais pour tous les âges de la vie, et ce, dans des actions concrètes. Ensemble, nous aider à bien saisir le sens de la mission et comment équilibrer ce que l'on peut faire versus ce que l'on veut faire et en intégrer autant que possible toutes les dimensions.

Une foi à partager

Les personnes que je rencontre ont tous en commun une foi qu'elles désirent partager, parfois avec fougue, parfois avec rigueur, et même parfois avec tendresse, tout comme les prophètes de jadis. Cheminer avec les responsables, les catéchètes, être présente à leurs joies, leurs difficultés, leurs incompréhensions, les aider à surmonter les appréhensions de la mise en place ou de la poursuite d'un parcours, les encourager à se former et surtout célébrer avec eux. Parfois, je suis confrontée à des résistances, mais je respecte le fait qu'ils ne sont pas encore prêts à relever le grand défi catéchétique. Je me fais présente puisqu'ils ont du prix aux yeux de Dieu et parfois, cela éveille un intérêt.

Redonner ce que Dieu m’a donné

Certains ne comprennent pas mon engouement à être près des gens, d'autres me trouvent zélée et trop prise par ma passion. Moi je me sens dans mon univers, je ne fais que redonner ce que Dieu m'a donné. Il a été généreux à mon égard, pourtant je ne suis qu'une goutte d'eau dans cette océan de foi. Je suis une globe-trotter de la foi qui répète à qui veut l'entendre comment ils ont du prix aux yeux de Dieu.

Micheline Fortier
Responsable du projet catéchétique

Comme nous avons du prix à ses yeux, en 2011, devenons davantage cohérents!

Nous avons quitté l'année 2010 avec un cœur qui…
- est plus sensible au partage, à l'entraide et à la charité;
- est plus attristé par la pauvreté des enfants et la perte des emplois;
- s'ouvre davantage pour accueillir la personne qui est seule, malheureuse, itinérante ou étrangère;
- est plus tolérant et aimant devant les jeunes marginaux, les personnes prostituées et les personnes assistées sociales.

Et pourtant, durant l'année, nous avons pu observer dans notre société que…
- nous fermons des usines et nous les ouvrons ailleurs pour plus de profits;
- nous provoquons des pertes d'emplois par nos politiques économiques et nous coupons dans la caisse d'assurance-chômage;
- nous produisons des pauvres et nous les appelons paresseux;
- nous coupons dans l'aide sociale et nous offrons des soupes populaires;
- nous posons des gestes de générosité à l'occasion de Noël mais nous ne voulons pas entendre parler de la pauvreté par ceux et celles qui la vivent ;
- nous engendrons des sans-abri et nous développons peu les coopératives d'habitation;
- nous bâtissons des maisons pour les personnes aînées et nous les abandonnons;
- nous ouvrons la porte aux personnes immigrantes mais nous leur donnons les jobs que nous ne voulons pas;
- nous écrasons des petites entreprises et nous disons que c'est de la saine compétition;
- nous refusons les effets désagréables des fumeurs et nous acceptons de faire de l'argent avec les taxes des cigarettes;
- nous tolérons le trafic des femmes et nous coupons dans les organismes qui les soutiennent;
- nous critiquons les personnes engagées dans la politique et nous refusons de participer aux assemblées publiques pour donner notre opinion;
- nous calomnions publiquement des personnes et nous appelons cela de la libre expression;
- nous exigeons de vivre dans la démocratie mais nous ma-nifestons de l'indifférence et même du rejet face à ceux qui demandent un mode de scrutin capable de traiter équitablement, donc proportionnellement, les votes exprimés dans toutes les régions du Québec, en même temps qu'une carte électorale adéquate;
- nous voulons des actions préventives aux problèmes mais nous voulons exploiter le gaz de schiste sans l'obtention de connaissances certaines sur ses effets néfastes pour l'environnement;
- nous désirons la paix mais nous cherchons à justifier les guerres en les présentant comme des interventions poursui-vant les plus nobles motifs humanitaires;
- nous exigeons la sauvegarde de notre Terre et nous privilégions un système économique qui la détruit davantage chaque jour.

Et pour moi, quelles sont mes contradictions et incohérences personnelles?

À l'aube de chaque année, nous portons souvent l'idéal d'un meilleur monde mais quelle est, dans ma vie quotidienne, ma contribution personnelle à ce rêve commun? Si les autres ont du prix à mes yeux et si j'accepte de prendre au sérieux l'amour de l'Autre pour chacun et chacune de nous, ne faudrait-il pas chercher à mettre davantage de cohérence dans nos vies pour que notre amour déclaré lors des eucharisties devienne davantage efficace?

Jean-Paul St-Amant
Pastorale sociale



Changer notre regard peut faire la différence

Il y a maintenant 18 ans que je travaille aux services diocésains. D'appel en appel, j'ai pris charge de différents dossiers, en pastorale jeunesse pour commencer, en pastorale sociale et missionnaire par la suite et enfin depuis quelques années à l'animation de la région pastorale de Saint-Hyacinthe. Je suis également co-animatrice à l’émission Signes d’évangile. Chacun de ces engagements a été et demeure pour moi un défi que j'accepte de relever même si je me sens parfois bien petite pour le faire.

Pour moi, dire oui à un appel, c'est accepter de prendre la route de la mission et risquer de me mettre en marche sans savoir vraiment où cela va me mener. C'est un acte de confiance en Dieu qui saura guider mes pas, un acte de foi dans sa présence constante à mes côtés lorsque je trouverai le chemin difficile. C'est aussi un acte de foi en l'Église qui se construit de jour en jour.

Créer un espace de dialogue

C'est comme cela que je vis l'animation de la région pastorale de Saint-Hyacinthe. Je vais à la rencontre de ceux et de celles qui travaillent dans les différents secteurs et je me mets à l'écoute de ce qui se vit. Je cherche à créer un espace de dialogue où l'on s'informe, se questionne et où l'on cherche ensemble comment vivre la mission qui nous est confiée. J'aime me rendre présente à la vie des différents milieux en participant à l'occasion aux événements importants des communautés : présentation d'un nouveau curé, d’un agent ou agente de pastorale, célébration d'une fête paroissiale, activité de financement, etc.. Ces moments sont précieux pour moi et ma présence vient si-gnifier que ce qui se réalise dans une paroisse a de l'importance et de la valeur pour l'Église diocésaine. Je suis sensible aux moments de joie des communautés comme aux moments de peine que je porte dans la prière. Ce que je vois m'interpelle et m'incite à aller de l'avant avec eux.

L'orientation pastorale de cette année Tu as du prix à mes yeux me pousse à m'ajuster pour voir à la façon de Dieu qui sait reconnaître ce qu'il y a de beau, de bon et de vrai dans la vie des personnes et des communautés. Pour moi, c'est un appel à changer mon regard pour ne pas rester en surface. C'est une invitation à percevoir ce qui est authentique et essentiel.C'est un encouragement à entrevoir ce qui est en devenir. Je réalise que c'est le regard que je porte sur ce qui se vit qui fait toute la différence et je choisis de ne pas limiter mon regard. Dans mes différents engagements, je vois les efforts et l'énergie déployée pour servir la communauté. J'apprécie tous les petits gestes qui passent souvent inaperçus mais qui traduisent la fidélité à la mission qui nous est confiée. Partout où je vais, je rencontre des hommes et des femmes engagés à la suite du Christ qui mettent leurs talents au service de leurs frères et sœurs. La foi se dit, la foi se vit; j'en suis témoin et ce que je vois me réjouit.

En ce temps de Noël où Dieu vient à nous avec son regard de tendresse et d'amour, je nous souhaite d'apprendre à voir avec les yeux du cœur, avec les yeux de Dieu.

Diane Daneau
Animatrice de la région pastorale de Saint-Hyacinthe





Il m'a fait sentir son amour pour moi

Je tiens à vous partager un cadeau que j’ai reçu alors que j’avais 16 ans. Au moment le plus difficile de ma vie, où la violence, l’angoisse et la détresse ont atteint la profondeur de ma faiblesse, je me suis trouvé face à cette question : où es-tu Dieu? Après un long silence dans le vide, le Christ véritable est venu me visiter au plus profond de mon âme. Il m’a fait sentir son amour pour moi. À cet instant, mes entrailles sont devenues comme un feu que personne ne pouvait éteindre.

Voilà la valeur que je partage avec les jeunes, les immigrants, les travailleurs agricoles, les prisonniers et toutes les personnes que Dieu met sur mon chemin. C’est mon expérience de cet amour du Christ qui m’a fait découvrir que toutes les personnes sont habitées par lui et que c’est lui que je regarde chez l’autre. Ma mission consiste à aider les autres à découvrir le trésor qu’ils portent au fond d’eux-mêmes.

Je leur fais comprendre que malgré leurs blessures et leurs expériences de non-amour, il existe quelqu’un qui est beaucoup plus grand que nous, qui est intimement lié avec nous par sa présence réelle : Dieu. Il se situe dans un lieu concret et véritable dans notre corps et le défi, c’est d’apprendre à l’aimer et à se sentir aimé par lui.

Souvent, je prie avec ces personnes en toute simplicité et je fais en sorte qu’elles puissent entrer en contact avec le Christ au fond, dans les entrailles. Quelques fois, elles arrivent à le découvrir. Quand cela se produit je dis : Gloire à Dieu, voilà Jésus, mon frère, ma soeur sont à toi.

John Sanchez
Pastorale des immigrants





« Tu as du prix à mes yeux »

Réflexion biblique autour du thème de l'année pastorale

par Mgr Jean Marc Robillard, v.g.

« Ne crains pas, car je t'ai racheté, je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi. Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi, à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas. Si tu mar-ches au milieu du feu, tu ne souffriras pas et la flamme ne te brûlera pas, car moi, le Seigneur, je suis ton Dieu, le Saint d'Israël, ton Sauveur. Tu as du prix à mes yeux et moi, je t'aime. Ne crains pas, car je suis avec toi. » (Isaïe 43, 1-5)

Le prophète Isaïe prononce ces paroles du Seigneur au moment où le peuple se retrouve en Exil à Babylone. C'est la période la plus sombre de son histoire. Il a perdu toutes ses institutions : le Temple de Jérusalem a été complètement détruit de même que la ville de Jérusalem. Tous les dirigeants ont également été déportés. De plus, au milieu des nations païennes, le peuple est la risée des nations. Nous avons un écho de cette situation dans les Psaumes : « Jour et nuit, mes larmes sont mon pain, quand on me dit tous les jours: Où est ton Dieu? Je me laisse aller à évoquer le temps où je passais la barrière, pour conduire jusqu'à la maison de Dieu, parmi les cris de joie et de louange, une multitude en fête. » (Ps 42, 5)

En Jésus se réalise la parole du prophète

Devant tant de tristesse, le prophète Isaïe veut raviver la foi et l'es-pérance de son peuple en lui rappelant qu' « il a du prix aux yeux de Dieu ». À preuve, Dieu l'a déjà sauvé des « eaux » de la Mer Rouge et de la « flamme », - comprendre la chaleur du désert - pour le conduire jusqu'en Terre promise. Malgré la situation présente, le peuple n'a pas à craindre, car Dieu est avec lui : « Ne crains pas, car je t'ai racheté, je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi… et moi, je t'aime. Ne crains pas, car je suis avec toi. » Dans les faits, le peuple connaîtra la libération de l'Exil en 539 av. J.C. et pourra revenir sur la Terre de la Promesse.

Mais la Promesse trouve sa pleine et entière réalisation dans la mort et la résurrection du Jésus de Nazareth, qui accepte de donner sa vie en rançon pour la multitude. Ainsi, dans l'Évangile de Jean, il déclare : « Ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne » (Jn 10,18) et « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). À travers le sens que Jésus donne à sa Passion, sa Mort et sa Résurrection s'exprime, à la fois en gestes et en paroles, la pleine réalisation de la parole du prophète Isaïe : « Tu as du prix à mes yeux et moi je t'aime ». Mais cette fois, cette parole ne concerne plus uniquement le peuple d'Israël, mais bien toute l'humanité c'est-à-dire toutes les femmes et tous les hommes depuis la création du monde jusqu'à la fin des temps.

Et lorsque le Ressuscité se manifeste aux Onze réunis et leur déclare : « Allez par le monde entier, proclamez l'Évangile à toutes les créatures » (Mc 16,16), il confie à son Église la mission de proclamer à tout être humain, quelle que soit sa condition, qu'il « a du prix aux yeux de Dieu et qu'Il l'aime ».

Photos-montage de la page couverture*

Les photos rappellent que cette parole de Dieu « Tu as du prix à mes yeux », nous rejoint personnellement aujourd'hui par les rites sacramentels de l'Église pour nous soutenir et nous accompagner sur la route de notre vie vers le Royaume : baptême, confirmation, mariage et onction des malades.

Les photos illustrent également des situations de vie ici et à l'étranger où, comme baptisés et comme Église, à l'exemple de Jean Vanier, nous pouvons nous engager pour dire à ces personnes qu'elles ont du prix à nos yeux et aux yeux de Dieu : personne en fauteuil roulant, personne âgée, victime d'inondation, de la famine, de tremblements de terre, travailleur saisonnier, chômeur et jeune de la rue.


*Photos-montage réalisé par Jean Marc Robillard